FRIEDERICHS

Jean Parfait

Général de division, né le 11 juin 1773 à Montmartre (Paris), mort à l'hôpital de Leipzig des suites de ses blessures le 20 octobre 1813.

Fils de Jacob Joseph Friederichs et de Françoise Deschamps, Jean Parfait est baptisé le jour de sa naissance, le 11 juin 1773. Son parrain est Jean Keller, marchand négociant, et sa marraine est Marie Anne Sergent, épouse de Louis Compain. Il est soldat le 10 décembre 1789 au régiment de Monsieur qui devient le 75e d'infanterie en 1791. Il obtient son congé le 1er novembre 1791 et devient capitaine au 1er bataillon de fédérés nationaux le 22 juillet 1792. Aux armées du Nord puis de l'Ouest, il devient chef de bataillon en 1793. Il épouse Marie Anne Gobron, probablement avant de démissionner le 27 mai 1796. Ils ont trois enfants, Marie Caroline née le 15 décembre 1796, Armand Parfait né le 27 janvier 1798 et Eugénie-Olympe. De nouveau à l'armée le 20 juillet 1799, il est chef du 1er bataillon auxiliaire de la Gironde qui est intégré au 17e puis au 21e régiment de ligne. Il est à l'armée du Rhin puis de Batavie. Il est blessé d'un coup de feu et fait prisonnier au combat de Lauf le 18 décembre 1800. Libéré le 25 mars 1801, il est confirmé dans son grade de chef de bataillon par arrêté des Consuls le 28 février 1802. Il est à l'armée des Côtes de l'Océan de 1803 à 1805. Il est chef de bataillon des grenadiers à pied de la garde le 30 août 1805 et sert à la Grande Armée de 1805 à 1807. Major le 1er mai 1806,  Friederichs divorce le 19 septembre 1806. Il est nommé colonel-major le 1er janvier 1807. Envoyé en Espagne le 20 février 1808 il prend part à la répression contre les insurgés du "Dos de Mayo" le 2 mai 1808. Friederichs est nommé baron de l'Empire le 2 février 1809 et participe à la campagne contre l'Autriche. Il combat à Essling. Il est commandant de la Légion d'honneur le 5 juin 1809 puis général de brigade le 2 juillet 1809. Il fait partie de la division Legrand à la bataille de Wagram. Il est affecté ensuite à Dunkerque puis en Allemagne avant de faire la campagne de Russie. Nommé général de division le 23 septembre 1812 après la bataille de la Moskova, il sert  à la 4e division dans le 1er corps de Davout. Le 16 février 1813, il est employé au 2e corps d'observation du Rhin. Le 12 mars 1813, il commande la 22e division sous les ordres de Marmont. Il est blessé au combat de Möckern, durant la bataille de Leipzig, le 18 octobre 1813. Sa blessure nécessite une amputation qui lui est fatale. Selon le général Marbot, on peut déplorer la perte d'un excellent et très brave officier et aussi du plus bel homme de toutes les armées françaises. Le comte de Mutrécy (ou Montrécy), son petit-fils réclame l'inscription du nom de son grand-père sur l'Arc de Triomphe. La demande est acceptée et le nom de FRIEDERICHS est inscrit en juin 1893, sur le pilier est, en bas de la colonne 20. C'est l'avant-dernier nom inscrit, avant celui de DONOP en 1895.

 

L'inscription du nom de FRIEDERICHS sur l'Arc de Triomphe

Une note émanant du Ministère de la Défense de mai 1893 permet de situer le contexte dans laquelle se fait l'inscription du nom de FRIEDERICHS. En 1893, soit vingt-trois ans après le second Empire, la critique du règne de Napoléon III transparaît dans ce texte. Il semblerait que le choix de trois des quatre noms inscrits sous le second Empire ait été dû au seul fait du Prince, « à la bienveillance impériale ».

En 1893, l'écrivain Victor Hugo est décédé il y a huit ans. Ce dernier a eu une fin de vie particulièrement glorieuse. De son vivant, Victor Hugo a pu voir l'avenue où il habitait à Paris devenir avenue Victor Hugo. Il a pu recevoir du courrier ainsi libellé : M. Victor Hugo, en son avenue à Paris. Lors de son enterrement, la cérémonie a été particulièrement fastueuse avec l'exposition de son cercueil sous l'Arc de Triomphe. Cette image est encore bien présente en 1893. C'est probablement la raison dans le courrier du possible regret que le nom du général Joseph Léopold Sigisbert Hugo, le père de Victor Hugo, ne soit pas encore inscrit sur l'Arc de Triomphe. Ce regret avait déjà été formulé en 1837 par Victor Hugo lui-même : « Je ne regrette rien devant ton mur sublime - Que Phidias absent et mon père oublié ! » (Les Voix Intérieures, poème n° 4 « À l'Arc de Triomphe »)

 

 Ministre de la Guerre

  Service intérieur

  3e bureau

(archives administratives)                                                 Note pour le cabinet du Ministre

                                                                                     (Bureau de correspondance générale)

Au crayon dans la marge :

Division du Me de L.

publiés du 9 juin 93

ajouté sur côté sud.

Mis au carton à l’Arc

On a l’honneur de faire connaître au Bureau de la correspondance générale, en réponse à sa demande, qu’il n’a été trouvé aux Archives trace d’une des réclamations que M. le comte de  Mutrécy déclare avoir faites au sujet de la non-inscription du nom du général Baron Friederichs son grand-père, sur l’Arc de Triomphe de l’Étoile. Les services de cet officier général qui a appartenu aux grenadiers de la garde impériale de 1805 à 1809 et a été mortellement blessé le 18 octobre 1813 comme commandant de la division d’infanterie au 3e Corps de la Grande Armée méritent âprement l’honneur sollicité. Son nom pourrait comme l’ont été sous le second Empire, ceux des généraux Morio de L’Isle, Sibuet, Deponthon et Bizanet. Ces noms remplacent les croix de la Légion d’honneur qui terminent les tables d’inscription et il reste ainsi sur le monument 4 places, deux aux côtés Nord et deux au côté Est. Par ses services le général Friederichs pourrait être inscrit sur l’un ou l’autre de ces côtés, mais mieux au côté est, où figurent les illustrations de la Grande Armée.

Depuis longtemps pour éviter sans doute d’ouvrir la porte à de nouvelles et de nombreuses demandes auxquelles on ne pourrait satisfaire, la liste a été close et trois des noms cités ci-dessus ont dû peut-être leur mention à la bienveillance impériale. Ainsi entre autres M. le lieutenant comte Hugo si désiré par son fils Victor, n’a pas été admis jusqu’ici.

On serait obligé au bureau de la Correspondance générale de faire connaître au bureau des Archives la suite qui sera donnée à la demande du comte de Montrécy afin de compléter les documents relatifs à l’Arc de Triomphe, les Archives possèdent le dossier relatif aux inscriptions de 1836 et 1840. On serait heureux de compléter le dossier par la date des décisions qui ont autorisé l’inscription des noms des 4 généraux rappelés ci-dessus Morio de L’Isle et Sibuet au côté sud, Bizanet et Deponthon au côté ouest.

                                                                                              Paris le    mai 1893

                                                                                                          Le chef

Vu Le chef de service

(transcription d'une note dans le dossier FRIEDERICHS du S.H.D.)

 

Tableau de Georges François Guiaud (1840 - 1893)

Funérailles de Victor Hugo le 1er juin 1885, dessin aquarellé, détail, Paris, musée Carnavalet

(Extrait du livre de Maurice AGULHON La République 1880-1995, Paris, Histoire de France Hachette, 1990)

Sur cette aquarelle, on peut noter le quadrige provisoire de Falguière qui couronne l'Arc de Triomphe et qui est couvert d'un filet noir.
Ce quadrige en plâtre sera enlevé en 1886 et le projet de couronnement de l'Arc de Triomphe sera abandonné.

 

 

 

L'inscription de FRIEDERICHS en bas de la colonne 20 du pilier est

 

Pilier est - bas de la colonne 11

Pilier est - bas de la colonne 20

 

Comme pour les six dernières inscriptions sur l'Arc de Triomphe (MORIO DE LISLE, BIZANET, DEPONTHON, SIBUET, FRIEDERICHS, DONOP), le nom FRIEDERICHS est inscrit en bas d'une des colonnes extérieures, la colonne 20 du pilier est. Pour cela, la pierre sur laquelle était gravée une croix d'honneur a été retirée et remplacée par une autre pierre sur laquelle le nom FRIEDERICHS a été gravé. Ce nom FRIEDERICHS déborde même de part et d'autre de cette nouvelle pierre et on peut observer que les bordures de la colonne 20 ont été prolongées de part et d'autre du nom. Il est facile de voir l'état initial avant ajout du nom FRIEDERICHS en comparant les gravures du bas des colonnes 11 et 20 du même tableau. Sous le nom de CHEMINEAU en bas de colonne 11, aucun nom n'a été ajouté : l'état de cette colonne est donc identique à celui qu'avait la colonne 20 avant ajout du nom FRIEDERICHS.

 

 

A. FIERRO, A. PALLUEL-GUILLARD, J. TULARD : Histoire et dictionnaire du Consulat et de l'Empire, Paris, Robert Laffont, 1995

M. GAILLARD : L'Arc de Triomphe, Paris, Martelle Éditions, 1998

J. GARNIER : Mémoire du général baron de MARBOT, Paris, Mercure de France, 1983

M. PREVOT, R. d'AMAT, H. TRIBOUT : Dictionnaire de biographie française, Paris, Librairie Le Touzey et Ané tome 14 : FRIEDERICHS, 1979

G. SIX : Dictionnaire biographique des généraux et amiraux français de la Révolution et de l'Empire, Paris, G. Saffroy, 1934

J. TULARD : Dictionnaire Napoléon, Paris, Fayard, 1999 : article FRIEDERICHS de J. GARNIER

J. TULARD : Napoléon et la noblesse d'Empire, Paris, Tallandier, 2001

Service Historique de la Défense (Château de Vincennes) : dossier FRIEDERICHS Jean Parfait (7Yd550)

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