DESNOYERS : DENOYER dit

Paul

Chef de brigade (colonel), né le 11 février 1768 à Belleville et tué le 1er novembre 1799 à la bataille de Lesbeh (dite aussi de Damiette) en Égypte.

Paul Denoyer est le fils de Claude, marchand de vin à La Courtille qui comme Belleville ne faisaient pas encore partie de Paris. Sa mère est Anne, née Ravenot. Il est baptisé dans la paroisse de Belleville le 13 février 1768. Son parrain est Paul Harnot, ancien marguillier de la paroisse, sa marraine est Marie Marguerite Hallot, épouse de Michel Norry, maître plâtrier et ancien marguillier de la paroisse. La famille Denoyer est connue à La Courtille et François Vidocq dans ses mémoires y cite une célèbre guinguette  tenue en 1812 par un certain Dénoyez ou Desnoyers. Soldat au régiment du Béarn du 28 avril 1783 au 8 mars 1784, Denoyer entre ensuite au régiment du Vivarais le 23 octobre 1785. Il le quitte le 11 juillet 1789 pour entrer le 14 juillet 1789 dans la garde nationale. Denoyer est nommé chef du 10e bataillon des Fédérés le 2 août 1792 puis chef du 1er bataillon de la 21e demi-brigade légère le 31 mars 1794 puis, moins de deux mois après, chef de la 21e demi-brigade le 25 mai 1794. Le 18 septembre 1794, il est blessé à la bataille dite de la chartreuse de Sprimont en Belgique. Denoyer est fait prisonnier le 30 octobre 1795 et ne rentre de captivité qu'en 1797. Pendant ce temps un amalgame a été fait de la 21e demi-brigade légère, des éclaireurs de la 23e demi-brigade légère et de la compagnie franche de Seine-et-Marne pour former la 2e demi-brigade d'infanterie légère. À son retour de captivité il est nommé chef de brigade de cette 2e demi-brigade, en remplacement de Carrière. Il part avec sa demi-brigade pour l'Égypte le 19 mai 1798. Il se signale à la bataille des Pyramides, à la prise d'El-Arich le 19 février 1799 et surtout au combat de Nazareth, sous les ordres de Junot, le 8 avril 1799. Avec seulement 160 chevaux et 350 fantassins des 19e de ligne, 14e de dragons et 2e légère, les Français mettent en déroute 3000 cavaliers ennemis. 5 drapeaux sont pris et 500 hommes mis hors de combat. L'efficacité de l'action de Desnoyers durant cette bataille est reconnue par tous les témoins. Le chirurgien Larrey pense même qu'il a été tué ce jour. Quant à Junot, il écrit à Bonaparte le 8 avril 1799, jour même de la bataille : « Le chef de brigade Desnoyers s'est conduit on ne peut mieux. J'ai été extrêmement content de l'infanterie. » Ce fait d'armes est peint par Gros sur un tableau où figurent en personnages de premier plan les chefs de brigade Paul Desnoyers et Léopold Duvivier du 14e de dragons qui, lui, sera tué le 25 juillet 1799 à la bataille d'Aboukir. En octobre 1799, l'Anglais Sydney Smith débarque près de Damiette. Verdier réagit promptement et, le 1er novembre 1799, avec 1000 hommes dont ceux du régiment de Desnoyers, attaque à la baïonnette les janissaires. Ce combat de Lesbeh (ou de Damiette) est une brillante victoire. Selon Lucet, quartier-maître à la 2e demi-brigade légère 750 Turcs sont faits prisonniers, un très petit nombre rembarque, les autres sont tués ou noyés. Au cours de ce combat, Desnoyers est mortellement blessé. Jean Adam Schramm qui deviendra plus tard général, le remplace le jour même à la tête de la 2e demi-brigade d'infanterie légère. Le nom de DESNOYERS est inscrit en 1836, sur l'Arc de Triomphe de Paris, sur le pilier sud, en colonne 28, sous les noms de trois autres officiers tués en Égypte : SULKOWSKI (SULKOSKY), LETURCQ (LETURC) et MIREUR. Le nom de DESNOYERS, tué au combat comme tous ceux de la colonne 28, a été choisi et placé selon un certain ordre « historique » établi par Saint-Cyr Nugues. Contrairement à ce qu'indique Six dans son Dictionnaire biographique des généraux et amiraux français de la Révolution et de l'Empire, ce ne peut pas être le général François Antoine Denoyé dit Desnoyers qui ne s'est illustré dans aucun combat, et qui n'est pas mort au champ d'honneur.

 

Le tableau d'Antoine Gros

 

Tableau d'Antoine Gros au musée des Beaux-arts de Nantes Combat de Nazareth, 1801, 196 cm x 135 cm.

Ce tableau, décidé par ordre du jour du 21 avril 1799 a été mis en compétition entre Hennequin, Tauray, Caraffe et Gros. Le jury dans lequel se trouvait Junot décerna le prix de 12000 Francs à Gros. Celui-ci présenta une esquisse au Salon de 1801. Mais, sur ordre de Bonaparte, Premier Consul, le tableau n'est pas achevé. La commande est remplacée par le tableau intitulé Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa. La notice explicative de Gros permet aisément d'identifier les personnages de l'esquisse. Conformément au programme du concours, Junot sur son cheval blanc tue un mamelouk d'un coup de pistolet en même temps qu'il en blesse un autre avec son sabre. Il a renversé le fils de l'ancien pacha d'Acre qui gît à ses pieds. Desnoyers « monté sur un cheval bai normand » se trouve juste devant Junot, tandis que Duvivier « monté sur un cheval noir » conduit une charge de cavalerie en haut à droite de la composition. Gros n'a pas pu « faire le portrait de ces deux militaires, morts depuis au champ d'honneur » et leurs visages restent indistincts, mais le soin apporté à la représentation de leur monture dénote une grande affection pour les chevaux qui était partagée dans les rangs de l'armée. Au centre un dragon arrache un drapeau à un Turc. En bas à droite, des soldats soulèvent leur camarade carabinier blessé. - D'après D. O'Brien Antoine-Jean Gros peintre de Napoléon

COMBAT DE NAZARETH

« Ce tableau devait avoir des dimensions considérables ; il était esquissé et Gros allait passer à son exécution définitive lorsque le premier consul le fit réduire de moitié par jalousie pour Junot, le héros du combat. Sur l'autre moitié de la toile, Gros peignit la Peste de Jaffa. Le Combat de Nazareth est un des rares tableaux de bataille qui rendent tout le mouvement et toute la fougue de l'action. Quoique placé au troisième plan, sur un tertre, Junot et le groupe dont il est le centre attirent d'abord l'attention. Monté sur un cheval blanc, que l'on voit de profil, le général vient de sabrer un assaillant et de casser la tête à un autre d'un coup de pistolet. Ce dernier glisse, de sa monture qui se cabre, dans les bras d'un nègre. Près de Junot, un aide de camp commande le feu sur une masse de cavalerie ; des soldats reçoivent à la baïonnette la charge fougueuse d'un cavalier turc, qui s'élance sur eux au galop, les bras croisés, avec une résignation toute fataliste. Des Turcs fuient, poursuivis par des dragons ; d'autres se retournent en envoyant encore une décharge avant de quitter le champ de bataille ; un dragon démonté cherche à renverser de son cheval un Turc solidement établi sur ses étriers et qu'il traverse d'un coup de pointe. Ailleurs, un Français et un Turc s'arrachent un étendard ; leurs chevaux abattus n'ont pas encore eu le temps de se relever ; ailleurs encore un dragon empêche un fantassin de tuer à coup de baïonnette un Turc qui se rend. Le côté gauche de la toile est occupé par un petit groupe de soldats isolés, entourés de cadavres et qui se défendent héroïquement contre une nuée de cavaliers ennemis. Tous ces groupes sont liés par l'habile disposition des grandes lignes de la composition, par l'harmonie d'un coloris vrai et soutenu. L'exactitude des dispositions stratégiques et de la topographie, la vérité des portraits, des costumes, de cette lumière d'Orient, qui baigne toute la toile, obscurcie ça et là de nuages de poudre, font de ce tableau une des plus belles pages d'histoire. » - Extrait de P. Larousse Grand dictionnaire universel du XIXe siècle Tome 11 (Combat de Nazareth)

 

DÉCRET DU 21 AVRIL 1799

Ordre du jour de l'armée

Devant Acre le 2 floréal an VII

Le général en chef voulant donner une marque de satisfaction particulière aux 300 braves commandés par le général Junot, qui au combat de Nazareth ont repoussé 3000 hommes de cavalerie, pris 5 drapeaux et couvert le champ de bataille de cadavres ennemis, ORDONNE :

Article Premier. Il sera proposé une médaille de 500 louis pour prix du meilleur tableau représentant le combat de Nazareth.

Article 2. Les Français seront costumés dans le tableau avec l'uniforme de la 2e d'infanterie légère et du 14e dragons. Le général de brigade Junot, les chef de brigade Duvivier du 14e dragons et Desnoyers de la 2e d'infanterie légère y seront placés.

Article 3. L'état-major fera faire par les artistes que nous avons en Égypte des costumes de Mamelucks, des janissaires de Damas, des Diletti, des Alepins, des Maugrabins, des Arabes et les enverra au ministère de l'Intérieur à Paris, en l'invitant à en faire différentes copies, à les envoyer aux principaux peintres de Paris, Milan, Florence, Rome et Naples et à déterminer l'époque du concours, et les juges qui devront décerner le prix.

Article 4. Le présent ordre du jour sera envoyé à la municipalité de la commune des braves qui se sont trouvés au combat de Nazareth.

                                                                                                                                                                                        Bonaparte

 

 

 

La famille Dénoyez à La Courtille

 

La famille Dénoyez (ou Denoyer ou Desnoyers) est connue à La Courtille par un ensemble de cabarets locaux comprenant une dizaine d'établissements répartis en divers points du quartier occidental de Belleville appelé La Courtille. La plus célèbre guinguette Dénoyez est le Grand-Saint-Martin, située au n° 10 de la chaussée principale de la commune (rue de Paris avant 1860 et de Belleville ensuite à Paris 20e). Sur cet emplacement se trouve maintenant un bar qui fait l'angle avec la rue Dénoyez. Le Grand-Saint-Martin représente exactement le type de cabaret champêtre qu'on appelle guinguette. Il comprend un débit de boissons, une salle de restauration, des cabinets particuliers à l'étage, un grand jardin avec une aire de jeux, des tonnelles et des charmilles.

 

 

(Photo du 1/3/2011)

Bar Au Vieux Saumur situé au 10 rue de Belleville Paris 20e faisant l'angle avec la rue Dénoyez dont le tracé existe déjà sur les plans de 1810.

 

 

 

J.-J. BRÉGEON : L'Égypte de Bonaparte, Paris, Perrin, 1991

R. ESCHOLIER : Gros, ses amis et ses élèves, Paris, Librairie Floury, 1936

A. FIERRO : Les Français vus par eux-mêmes - Le Consulat et l'Empire, Paris, Robert Laffont, 1998

C. de LA JONQUIÈRE : L'expédition d'Égypte 1798-1801, Paris, Henri Charles-Lavauzelle éditeur militaire, 1900 - 1907, tome 4

P. LAROUSSE : Grand dictionnaire universel du XIXème siècle, tome 1 à 17, Paris, 1865 à 1878

Baron LARREY : Mémoires et campagnes, Paris, Tallandier, bibliothèque napoléonienne, 2004

H. LAURENS : L'expédition d'Égypte, Paris, Seuil, 1997

M. MOLIÈRES, N. GRIFFON de PLEINEVILLE : Dictionnaire des Braves de Napoléon, Paris, Le Livre chez vous, 2004

L. MURAT, N. WEILL : L'expédition d'Egypte - Le rêve oriental de Bonaparte, Paris, Découvertes Gallimard Histoire, 1998

D. O'BRIEN : Antoine-Jean Gros peintre de Napoléon, Gallimard, 2006

G. SIX : Dictionnaire biographique des généraux et amiraux français de la Révolution et de l'Empire, tomes 1 et 2, Paris, G. Saffroy, 1934

J. TULARD : Dictionnaire Napoléon, Paris, Fayard, 1999 (Article Nazareth)

VIDOCQ : Les Mémoires de Vidocq, Paris, Les Presses de La Renaissance, 1975

VIDOCQ : Les véritables mémoires de Vidocq, Rennes, La Découvrance, 2001

Service Historique de la Défense au château de Vincennes : dossier DESNOYERS Chef de brigade (2Ye 1158 avec la note suivante : « confondu dans le SIX avec le général DENOYÉ François »)

http://www.napoleon-series.org/military/organization/c_lightinf1.html

http://www.napoleon-series.org:/military/organization/c_lightinf3.html

http://des-gens.net/Venerables-sepultures-contez-nous

http://des-gens.net/Deux-bars-a-Belleville

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