LAHURE

Louis Joseph                                                                                                                            

Lieutenant général (Mons (Belgique) 29.12.1767 - Wavrechain-sous-Faulx (Nord) 24.10.1853)                                                                                                                        

Fils de Nicolas Lahure, et de Marie Thérèse, née Dubuisson, Lahure est étudiant à l’université de Louvain et s’engage dans les troupes insurgées belges en septembre 1787. Réfugié en France en 1790, il est lieutenant dans la légion Belgique au service de la France, en avril 1792. Capitaine dans cette légion en juin 1792, il combat à l’armée du Nord, à Courtrai, Lille. Chef de bataillon en janvier 1793, Lahure est à Neerwinden, Hondschoote, Wattignies. Commandant l’avant-garde de la division Souham en avril 1794, il fait 300 prisonniers à Deynze, avant la prise de Malines le 13 juillet. Sous les ordres de Pichegru, il franchit le Waal gelé le 4 janvier 1795, entre à Amsterdam le 20 janvier. Fait unique dans l’histoire, le 23 janvier 1795, il s’empare à cheval de la flotte hollandaise du Helder, 14 vaisseaux pris dans les glaces. Chef de brigade en juillet 1795, il sert à la prise de Düsseldorf le 6 septembre 1795, à Altenkirchen le 19 septembre 1796. Après l’armée d’Italie, au passage du Tagliamento le 16 mars 1797, il sert à l’armée de Rome, à la prise de Naples le 23 janvier 1799. Grièvement blessé à la jambe, à la bataille de La Trebbia, le 19 juin 1799 Lahure est fait prisonnier par les Russes. Nommé général de brigade provisoire par Macdonald le 21 juillet 1799, il est confirmé le 19 octobre 1799. Mais sa blessure le laisse estropié et il quitte l’armée. Le 20 décembre 1800, il épouse Anne de Warenghien qui lui donne 7 enfants : Oscar (1801 - 1862), Laure née en 1803, Gustave Napoléon (1805 - 1892) colonel, Félicie née en 1807, Octave (1809 - 1879) colonel, Achille (1811 - 1839) lieutenant d’infanterie, décédé en Afrique, Valérie Marie Delphine Cornélie née en 1819, épouse de François Joseph Benoist de Laumont.  Député du département de Jemmapes de 1802 à 1813, Lahure est chevalier de l’Empire en avril 1811 puis baron de l’Empire le 26 février 1814. Naturalisé Français en décembre 1814, Lahure commande la place de Douai en mai 1815 et ne remet la place que le 13 juillet 1815, sur ordre de Louis XVIII. Lieutenant général honoraire le 22 juillet 1818, Lahure est admis à la retraite et se lance sur ses terres de Wavrechain dans la nouvelle culture de la betterave à sucre. Il reprend du service de 1830 à 1831 comme lieutenant général titulaire dans la 16e division militaire. Le 15 juin 1842, il est nommé par le Roi des Belges Léopold Ier, grand officier de l'ordre de Léopold. Douai (59500) a un boulevard et une impasse Lahure. Le nom de LAHURE est inscrit sur l'Arc de Triomphe en 1841, sur le pilier sud en colonne 30.

                        

                                                                             

 Le général franco-belge Lahure, supérieur à l’amiral Nelson ?

 

Le 23 janvier 1795, Lahure s’empare à cheval de 14 vaisseaux hollandais pris dans les eaux gelées du Helder, en face de l’île du Texel. L’amiral Nelson dans ses plus grandes victoires, à Aboukir et à Trafalgar a-t-il pu obtenir un résultat similaire ?

 

Capture de la flotte hollandaise à Texel - Aquarelle de Morel-Fatio, musée de l'Armée à Paris

Les circonstances

 

En janvier 1795, les Provinces-Unies sont envahies par l’armée française de Pichegru. Cette armée du Nord ne rencontre que peu de résistance et les conditions de froid exceptionnel favorisent cette avancée. La Meuse et le Rhin à son embouchure du Waal sont gelés et la couche de glace est suffisante pour laisser l’armée traverser avec ses chariots d’artillerie. Le chef de bataillon Louis Joseph Lahure, né à Mons le 29 décembre 1767, commande l’avant-garde d’une division de cette armée. Le 20 janvier 1795, il entre à Amsterdam au moment où les États-généraux de Hollande ordonnent la capitulation pour toutes les places.  Le 21 janvier, Lahure s’empare d’Haarlem, le 22 d’Alkmaar. Pichegru qui a appris que la flotte hollandaise du Texel ne pouvait bouger prise dans les glaces, demande de hâter le mouvement vers le Helder, à 45 km au nord d’Alkmaar. Il craint que cette flotte ne profite d’un redoux pour suivre le stathouder Guillaume V qui s’est réfugié en Angleterre.

Lahure décide de gagner du temps en allant au Helder à cheval avec un escadron de chasseurs et des tirailleurs montés en croupe. Arrivés au Helder le 23 janvier 1795, tous  voient la flotte hollandaise dont 14 vaisseaux,  pris dans les glaces. Lahure a fait mettre des chiffons autour des sabots de ses chevaux pour éviter qu’ils ne glissent et aussi qu’ils n’alertent les Hollandais en faisant du bruit. Lahure est tout de suite rassuré. Aucun des vaisseaux n’est horizontal et ne peut donc se servir de son artillerie représentant au total 850 canons pour les 14 vaisseaux. Les vaisseaux en bois de cette époque sont assez légers, étroits, et ont un fort tirant d’eau. La pression de la  glace se formant autour des bateaux a en effet eu tendance à repousser le fond de ces bateaux vers la surface et à provoquer leur inclinaison : c’est un phénomène bien connu des premières expéditions polaires qui a obligé les ingénieurs maritimes à concevoir des formes particulières de coque pour résister à la pression de la glace.

Au point du jour ce 23 janvier 1795, Lahure charge sur la glace et les tirailleurs s’élancent à l’abordage des vaisseaux. L’amiral van Kinsbergen commandant la flotte hollandaise sait que les États-généraux ont demandé la capitulation pour toutes les places 3 jours avant. Mais ce qui guide le choix de van Kinsbergen  est sa position, avec ses vaisseaux pris dans les glaces et ses canons inopérants qui ne lui permet ni de fuir ni de résister à des charges de cavalerie. Il décide donc de se rendre puis offre à déjeuner sur son bateau à Lahure qui sera nommé général de brigade 4 ans après.

 

La comparaison avec Nelson

 

L’amiral Nelson est considéré par les Anglais comme le plus grand marin du monde. Il a gagné 2 batailles navales, Aboukir et surtout Trafalgar sans perdre un seul vaisseau. Il est tentant de comparer les performances de Nelson à celle de Lahure au Helder qui s’est emparé de 14 vaisseaux, également sans aucune perte.

En fait si Nelson n’a eu aucune perte de vaisseau, il a subi des pertes en hommes et des dommages plus ou moins importants sur ses vaisseaux. De plus étant déjà borgne et manchot après les  batailles de Calvi et de Ténérife, Nelson est blessé à Aboukir et tué à Trafalgar.

Le tableau ci-dessous résume les pertes et les gains au cours des batailles d’Aboukir et de Trafalgar, en comparaison avec la performance de Lahure au Helder 

 

 

 

Pertes du vainqueur

Gains du vainqueur

Hommes tués

Hommes blessés

Matériel

 

Vaisseaux pris

Vaisseaux détruits

Total des pertes en vaisseaux des vaincus

 

Lahure au Helder (23.1.1795)

 

Nelson à Aboukir (1/2.8.1798)

 

Nelson à Trafalgar (21.10.1805)

 

 

0

 

 

 

200

 

 

400 (1)

 

0

 

 

 

700 (1)

 

 

1200

 

0

 

 

3 vaisseaux avariés

 

 

  16 vaisseaux avariés

 

14

 

 

 

7

 

 

8

 

0

 

 

 

4

 

 

14

 

14

 

 

 

11

 

 

22

Meilleur classement

Lahure au Helder

Lahure au Helder

Lahure au Helder

Lahure au Helder

Nelson à Trafalgar

Nelson à Trafalgar

(1) dont Nelson

 

Sur 4 des 6 des points de comparaison, Lahure est mieux placé que Nelson et en nombre de vaisseaux perdus par le vaincu, Lahure se situe entre Nelson à Trafalgar et Nelson à Aboukir.

En ce qui concerne la qualité des vaisseaux pris, encore une fois l’avantage est à Lahure. Les 14 vaisseaux hollandais sont en bon état et de technologie moderne. La flotte de guerre hollandaise en 1790 était considérée comme la deuxième du monde, derrière celle des Anglais. Nelson s’empare de vaisseaux de technologie plus ancienne et plus ou moins avariés.

 

 

Les conséquences

 

Si les conséquences des batailles d’Aboukir et de Trafalgar sont faciles à mesurer, à savoir la maîtrise des mers par les Anglais, en Méditerranée d’abord puis sur l’ensemble des mers jusqu’en 1815,  les conséquences de la prise de la flotte du Helder par Lahure sont plus difficiles à évaluer. Le retentissement de cette prise de la flotte hollandaise prisonnière des glaces, grand au début et qui a généré de nombreuses représentations, a été terni par plusieurs faits. Pichegru qui avait été le grand bénéficiaire de cette victoire est arrêté en février 1804 pour avoir participé à la conspiration de Cadoudal et est retrouvé mort dans sa cellule le 5 avril 1804. Le général hollandais de Winter nommé vice-amiral de cette flotte du Texel prise par Lahure ne brille pas par les exploits contre la flotte anglaise. Il est même fait prisonnier le 11 octobre 1797 en mer du Nord, à la bataille de Camperdown, par l’amiral anglais Duncan qui lui détruit 9 vaisseaux sur 16. Libéré, de Winter se contente d’un rôle purement défensif des côtes hollandaises jusqu’à sa mort en 1812.

Mais si les conséquences de la prise de la flotte du Helder par Lahure sont difficiles à évaluer, on peut aussi imaginer ce qu’aurait pu coûter le fait que cette flotte ait pu se réfugier en Angleterre. Ces vaisseaux bien dirigés par van Kinsbergen auraient pu être une aide décisive pour l’Angleterre dans ses tentatives de débarquement qui se sont soldées par un échec : Maïda dans le royaume de Naples en juillet 1806 et surtout l’île de Walcheren en juillet - août 1809 alors que la Grande Armée était occupée par la campagne d’Autriche à Wagram et que les côtes de la mer du Nord étaient dégarnies de troupes.

Enfin dans les conséquences pour Lahure lui-même, l’inscription de son nom sur l’Arc de Triomphe en 1841 s’est décidée en partie par sa lettre de demande où il cite comme premier fait d’armes, la prise de la flotte du Helder : " Je commandais l'avant-garde d'une des divisions de l'armée du Nord en 1794 et c'est moi alors chef de bataillon qui ai imaginé et monté avec ma compagnie de tirailleurs montés en croupe d'un escadron de chasseurs, la prise de la flotte hollandaise retenue dans la glace au Helder." (lettre du 13 décembre 1840)

 

Conclusion

 

Le général Louis Joseph Lahure, né à Mons le 29 décembre 1767, grâce à sa rapidité d’exécution a permis d’éviter que la flotte hollandaise basée au Helder ne puisse se défendre ou se réfugier en Angleterre. Cette prise de 14 vaisseaux prisonniers des glaces, en bon état général et équipés de 850 canons, est probablement unique dans l’Histoire. De plus cette très belle prise est la plus belle réalisée entre 1792 et 1815 et surpasse même ce qu’a fait Nelson au faîte de sa gloire.

Marc LE MAIRE - Arnauld DIVRY - Janvier 2009

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A. FIERRO, A. PALLUEL-GUILLARD, J. TULARD : Histoire et dictionnaire du Consulat et de l'Empire, Paris, Robert Laffont, 1995

B. MELCHIOR-BONNET : La Révolution et l'Empire, Paris, Larousse, 1988

G. SIX : Dictionnaire biographique des généraux et amiraux français de la Révolution et de l'Empire, Paris, G. Saffroy, 1934

J. TULARD : Napoléon et la noblesse d'Empire, Paris, Tallandier, 2001

Service Historique de la Défense (Château de Vincennes) : dossier LAHURE (7Yd966)

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