HENRY

Claude François

Colonel, né le 12 mai 1773 à Champlitte, mort au camp de Valence, des suites de ses blessures, le 2 janvier 1812.

Claude François Henry est né et baptisé le 12 mai 1773 à Champlitte, département actuel de Haute Saône. Son père est Claude François Henry notaire et sa mère est Jeanne Claude Millerand. Il a pour parrain Jean-François Henry notaire et pour marraine Anne-Marie Clément née Lompré. Sous-lieutenant au 93e régiment d'infanterie à l'armée du Rhin le 10 février 1793, il est ensuite adjoint au génie puis lieutenant au 93e le 8 février 1794. Admis comme élève sous-lieutenant à l'École du génie le 30 septembre 1794, il est lieutenant de 1ère classe le 21 mars 1795 avant de sortir de l'école le 28 avril 1795. Henry est nommé capitaine de génie de 1ère classe le 20 avril 1796 et est employé à l'armée d'Italie. Il est fait prisonnier en avril 1798 et est retenu en captivité jusqu'en 1801. Le 17 février 1802, Claude François Henry épouse à Besançon, Jeanne Marie Joseph Blanc, née à Besançon le 27 septembre 1779. Elle est la fille de Jean Denis Ferreol Blanc homme de loi, et de Claude Baptiste Ardiet, son épouse native de Lons-le-Saunier. Après l'armée d'Italie en 1805 - 1806, Henry est envoyé à l'armée d'Espagne en 1808. Après un séjour de plusieurs semaines à l'hôpital militaire de Palmanova pour une maladie de poitrine, suivi d'une convalescence à Besançon en mars 1808, il est nommé chef de bataillon provisoire et directeur des fortifications à titre provisoire à Saragosse le 2 juin 1809 puis chef d'état-major du génie à l'armée d'Aragon. Il participe aux sièges de Lerida et de Tortosa où il se fait remarquer par Suchet le chef de l'armée d'Aragon et surtout par Saint-Cyr Nugues son chef d'état-major. Henry est nommé légionnaire de la Légion d'honneur le 28 août 1810 puis colonel le 2 mars 1811. Il participe aux siège de Tarragone (mai - juillet 1811) de Sagonte (septembre - octobre 1811). Il meurt le 2 janvier 1812 à trois heures de l'après-midi, durant le siège de Valence commencé le 26 décembre 1811, après avoir été blessé dans la nuit du 1er janvier lors de l'ouverture de la tranchée contre les retranchements de la pointe du mont Olivete. Son fils Nicolas Édouard Henry est nommé baron de l'Empire le 23 avril 1812. Le nom de Henry est inscrit en 1836 sur l'Arc de Triomphe de l'Étoile à Paris, sur le pilier ouest en colonne 38. Le nom de Henry a été choisi par Saint-Cyr-Nugues et placé dans un ordre dit historique, en colonne 38 parmi des officiers tous tués au combat et majoritairement en Espagne.

 

Valence : une des portes de la ville

 

Le colonel HENRY ou le général Henry de WOLODKOWICZ ?

 

Dès l'inscription en 1836 sur l'Arc de Triomphe de la première liste de 384 noms préparée par Saint-Cyr-Nugues à la demande de Thiers, les critiques fusent : « Pourquoi avoir inscrit Turreau, le chef des colonnes infernales qui s'est tristement illustré contre les Vendéens ? » (pilier est, haut de la colonne 15) « Pourquoi y a-t-il autant de noms oubliés, plus célèbres et plus titrés que les noms inscrits ? » Pour le nom Henry, la critique est assez curieuse. La comtesse de Wolodkoowicz croit reconnaître son mari, général polonais né en Lituanie pour la raison qu'il était plus connu sous le nom Henry, à cause de la difficulté que certains éprouvaient pour prononcer son nom. Voici la copie de la lettre qu'elle adresse le 30 août 1836 :

                                                                                                                                                                                    Ce 30 août 1836

    Déjà inscrit

    Rectification

Monsieur le Ministre,

La reconnaissance nationale a fait inscrire sur l'Arc de Triomphe de l'Etoile le nom des généraux qui ont pris une part honorable aux triomphes de la grande armée. Jean, Henri Wolodkowicz mon mari, maréchal de camp au service de France ne pouvait être oublié. Sorti des rangs de cette bonne nation polonaise qui s'était si bien identifiée avec la France, il avait été adopté par elle ; mais la difficulté de prononcer son nom avait fait prendre à ses camarades l'habitude de l'appeler seulement le général Jean Henri. C'est sous ces noms seuls qu'il est inscrit sur la pierre mémorative, mais ce ne sont en définitive que ses prénoms et il importe au juste orgueil de sa famille comme au respect dû à sa mémoire, il importe à sa veuve et à son fils servant encore la France que le nom de famille soit inscrit et joint à ses prénoms.

Plein de confiance dans la justice de votre Excellence, j'ose espérer qu'elle daignera m'accorder ma demande. Je suis toute prête à fournir les pièces nécessaires et qui seraient jugées utiles, pour opérer cette rectification. Monsieur le Ministre, je prie votre Excellence d'agréer l'assurance du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être votre très humble servante.

                                                                                                                                  signé Ctsse De Wolodkowicz, rue du Faubourg Montmartre 41

 

Cette demande de changement peut s'appuyer sur deux faits : dans les lettres qu'il a laissées Wolodkowicz signe volontiers du nom de Henry en gros au-dessus d'un paraphe illisible. Un ordre au nom de Napoléon est adressé en 1806 au général Henry et non au général de Wolodkowicz. En marge de cet ordre est ajouté que Henry et de Wolodkowicz sont le même personnage.

En 1893 puis le 27 juillet 1899, un certain J. Henry ayant trois fils, Claude François, Guillaume et André et vivant en Angleterre écrit à la section historique du ministère de la Guerre à Paris pour savoir si le nom Henry inscrit sur l'Arc de Triomphe de Paris correspond à son père François Henry mort à Besançon le 21 novembre 1820 ou au frère de son père Joseph Henry. La réponse du ministère est faite le 9 août 1899. Le nom inscrit sur l'Arc de Triomphe ne correspond ni à celui de son père ni à celui de son oncle mais concerne Wolodkowicz dit Henry. C'est une copie de cette lettre figurant au dossier du général Wolodkowitch (Wolodkowicz) au Service Historique de la Défense au château de Vincennes qui a probablement conduit Georges Six à indiquer dans son Dictionnaire biographique des généraux et amiraux de la Révolution et de l'Empire que le nom Wolodkowicz était inscrit sur l'Arc de Triomphe sous le nom de Henry.

En 1895, Léon Hennet dans le Carnet de la Sabretache 3e Volume, publie la liste des inscriptions sur l'Arc de Triomphe. Pour Henry, il mentionne le général de division Jean Henry Wolodkowicz dit Henry. Il indique en note que ce nom figure dans le répertoire général par ordre alphabétique des noms inscrits sur l'Arc de Triomphe, dressé lorsque la Commission présidée par le maréchal Oudinot eut terminé ses travaux. Il ajoute cependant :  « C'est sans doute l'objet d'une erreur causée par une demande formée par la veuve du général, à l'effet de faire substituer le nom de Wolodkowicz à celui d'Henry, celui-ci n'était que l'un de ses prénoms que le général avait adopté comme nom, en raison de la difficulté de prononcer le véritable. Henry figure sur la liste des premières inscriptions dressée par la général Saint-Cyr-Nugues ; de plus, la place est au côté Ouest, le nom est souligné sur l'original de la liste et sur l'Arc-de-Triomphe. Tout porte à croire par suite que l'intention du général Saint-Cyr-Nugues était de mentionner le colonel Henry (Claude-François), chef d'état-major du génie de l'armée d'Aragon, blessé mortellement dans la tranchée devant Valence, le 1er janvier 1812, et décédé le lendemain ».

Danielle et Bernard Quintin dans leur Dictionnaire des colonels de Napoléon en 1996 ont montré que c'était le colonel Claude François Henry qui était inscrit sur l'Arc de Triomphe. L'erreur initiale de 1836 ou le doute n'ont donc été expliqués que près de 160 ans après. Ils sont excusables car Saint-Cyr-Nugues n'a laissé que très peu d'information sur la façon dont le choix des 384 premiers noms a été fait. L'ordre n'est pas alphabétique mais les noms ont été disposés, selon les propres mots de Saint-Cyr-Nugues, « chronologiquement, géographiquement et jusqu'à un certain point hiérarchiquement ». On peut ainsi remarquer que toutes les colonnes situées les plus à droite dans chaque tableau en 1836 (colonnes 08, 18, 28, 38) contiennent une grande majorité de noms soulignés correspondant à des hommes tués au combat, majoritairement en Espagne pour la colonne 38, ce qui renforce la thèse de la présence du colonel Henry, même si ce dernier est le seul colonel figurant dans cette colonne 38. L'article sur le colonel Henry de Bernard Quintin a été repris dans le Dictionnaire Napoléon par Jean Tulard.

Lorsque la commission présidée par Oudinot a poursuivi le travail de Saint-Cyr-Nugues pour inscrire de nouveaux noms sur l'Arc de Triomphe, elle n'a retenu aucun nom de colonel. Le ministère de la Guerre puis Georges Six ont ainsi pu croire qu'il n'y avait pas de colonel inscrit sur l'Arc de Triomphe. La difficulté de reconnaître le nom du colonel Henry inscrit sur l'Arc de Triomphe n'est pas unique. C'est aussi par exemple le cas du chef de brigade (colonel) Desnoyers.

A. D. février 2005

A. PIGEARD : Dictionnaire des batailles de Napoléon, Paris, Tallandier, 2004

D. et B. QUINTIN : Dictionnaire des colonels de Napoléon, Paris, S.P.M., 1996

G. RIVOLLET : L'Arc de Triomphe et les oubliés de la gloire, Paris, J. Peyronnet et Cie, 1969

G. SIX : Dictionnaire biographique des généraux et amiraux français de la Révolution et de l'Empire, tomes 1 et 2, Paris, G. Saffroy, 1934

J. TULARD : Dictionnaire Napoléon, Paris, Fayard, 1999

J. TULARD : Napoléon et la noblesse d'Empire, Paris, Tallandier, 2001

Carnet de la Sabretache 3e Volume, Paris, Librairie Militaire Berger-Levrault & Cie, 1895

Service Historique de la Défense au château de Vincennes :  dossiers HENRY Claude François (2Ye) et WOLODKOWITCH (8Yd1069)

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